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C'est approuver l'erreur que de ne pas y résister; c'est étouffer la vérité que de ne pas la défendre Félix III

21 Oct

Une sainte oubliée et pourtant...

DEPUIS le concile Vatican II, il plane sur sainte Philomène une ombre de doute, de calomnie et même de rejet. Or rien n’est plus certain et plus attesté que l’existence et la sainteté de cette martyre romaine, appuyées sur des preuves archéologiques et scientifiques, et attestées par des révélations absolument dignes de foi. La façon dont l’Église a accepté et promu son culte fut diamétralement opposée à celle qu’on a adoptée depuis 2005 pour Jean-Paul II.Son culte naît très tardivement. Le 24 mai 1802, lors d’une campagne de fouilles dans les catacombes de Sainte-Priscille, sur la voie Salaria-Nuova, à Rome, l’un des ouvriers heurte avec sa pioche une pierre sépulcrale… Première réaction, on suspend les travaux et on prévient les autorités, en l’occurrence le prélat préposé par le pape Pie VII à la reconnaissance et à l’ouverture des tombeaux. La cérémonie de l’examen est fixée au lendemain. Tout se fait selon les décrets du Saint-Siège, établis par Clément IX, et que plus tard Pie IX confirmera. Une Congrégation spéciale composée de cardinaux et de prélats consulteurs est chargée de décider et de juger de l’identité des reliques. L’ouverture du tombeau se fit à 50 pieds au-dessous du sol, en présence de Mgr Giacinto Ponzetti, prélat examinateur, de nombreux prêtres et laïcs, et de quelques fossoyeurs.La pierre tombale du loculus se composait de trois tuiles en terre cuite qui portaient une inscription en lettres rouges et d’autres signes révélateurs qui attirèrent l’attention des témoins. L’inscription était échelonnée sur les trois tuiles  :Lumena + Pax + tecum Fi.Il suffit, pour obtenir un sens, de reporter la première tablette à la suite des deux autres et on lit  :Pax tecum Filumena.Filumena est une mauvaise transcription latine du nom grec Philoména par lequel la sainte se nommera elle-même plus tard dans ses révélations.Avant d’ouvrir le tombeau, le prélat fit rechercher l’existence d’une fiole qui contiendrait le sang et que les chrétiens, quand il s’agissait d’un martyr, plaçaient toujours à l’extérieur de la tombe, incrustée dans le plâtre de revêtement. Cette recherche importante ne présenta aucune difficulté. Un ouvrier, armé d’un outil pointu, piqua le plâtre à l’une des extrémités du loculus et parvint à dégager une fiole recouverte de sang desséché qu’on recueillit. Premier miracle, rapporté dans le procès-verbal, et qui se renouvellera plus tard plusieurs fois  : ces parcelles de sang, en se détachant de l’ampoule, se transformèrent en divers corps brillants, reproduisant dans leur ensemble la couleur de l’arc-en-ciel. On vénéra ce sang puis on ouvrit la tombe  : une tête fracturée, de petite dimension, des os de proportions délicates, faisaient présumer que la sainte, au moment de sa mort, pouvait être âgée de douze à treize ans.On était donc en présence d’une enfant, une vierge, martyre. On ferma le tombeau, on le scella de trois sceaux et on le remonta à la lumière du jour. Dehors, une foule de personnes attendaient. On rouvrit la tombe en brisant les sceaux et on dressa le procès-verbal de ce qui avait eu lieu. Ce document fut lu à haute voix, signé par les témoins, revêtu du sceau de l’évêque et déposé dans la caisse qui reçut de nouveau les empreintes canoniques de l’authenticité des saintes reliques, réparties entre cinq paquets  : le vase de sang, le chef de la sainte, trois paquets de fragments d’os unis aux cendres de la chair. Cette caisse fut emportée à la Custode générale en attendant les ordres du Pape.Trois ans plus tard, le curé d’un petit village situé en Italie, dans la Campanie septentrionale, près de Nole, Mugnano-del-Cardinale, obtint l’autorisation d’acquérir les reliques. La translation, qui se fit en présence de nombreux témoins et qui se déroula du 1er juillet au 10 août 1805, fut l’occasion de nombreux miracles  : une femme guérie d’un mal incurable dont elle souffrait depuis douze ans, un avocat atteint depuis six mois d’une sciatique, une noble dame dont la main était touchée par la gangrène. Il y eut même un prodige céleste  : bien que le ciel fût couvert de nuages, la lune apparut entourée d’un cercle brillant qui projeta, au milieu de l’obscurité, une lumière inaccoutumée sur la châsse et son cortège.Ce dernier arriva enfin à Mugnano, à l’église paroissiale de Notre-Dame des Grâces, sa destination finale, où la sainte fut accueillie dans un délire de joie accompagné de nouveaux miracles, telle cette enfant de deux ans que la petite vérole avait rendue aveugle et qui recouvra la vue après que sa mère lui eut frotté les yeux avec de l’huile de la lampe qui brûlait en l’honneur des saintes reliques.La puissance qu’a sainte Philomène de faire des miracles fut tellement prodigieuse qu’on l’appela “ la Thaumaturge du dix-neuvième siècle ”. À l’inverse de la procédure adoptée plus tard pour Jean XXIII dispensé de miracle, l’Église dut constater l’existence de sainte Philomène au Ciel à cause de la profusion et de l’éclat de ses miracles… alors même qu’on ne connaissait absolument rien de sa vie. L’immense influence du culte de sainte Philomène est seulement le résultat de la puissance d’intercession dont le Bon Dieu l’a gratifiée.Mais qui était cette sainte  ? Le curé de Mugnano, don Francesco di Lucia, exhortait les fidèles dévots à la conjurer de les éclairer sur sa vie, ce qu’elle daigna faire en racontant elle-même l’histoire dans des révélations. Ces dernières ont été recueillies par trois personnes différentes, toutes trois irréprochables, dignes de foi et ne se connaissant pas. Le livre qui en contient les récits a reçu l’imprimatur du tribunal du Saint-Office, en date du 21 décembre 1833. La plus importante et la plus détaillée de ces révélations est celle faite à mère Marie-Louise de Jésus, fondatrice et supérieure du couvent de Notre-Dame des Douleurs, à Naples. Sa cause de béatification a été ouverte en cour de Rome en 1875. Sainte Philomène lui apparut en 1832 pour lui révéler tous les détails de sa vie et de son martyre.Princesse d’une cité grecque, elle avait été promise à l’empereur Dioclétien par son père pour prix du maintien de la paix que l’empereur romain voulait briser. Chrétienne ayant voué sa virginité au Christ, Philomène refusa. Furieux, l’empereur tenta d’obtenir qu’elle renie sa foi et son vœu par plusieurs supplices, et finit par lui trancher la tête.En 1835, Marie-Pauline Jaricot était déjà bien connue pour ses œuvres de la Propagation de la foi et du Rosaire vivant. Atteinte depuis plusieurs années d’un mal incurable, elle décide contre toute prudence de se rendre à Mugnano, le bruit des prodiges opérés par la sainte étant parvenu jusqu’à Lyon.Comme elle faisait étape à Rome, le pape Grégoire XVI rendit visite à la jeune femme dévorée par la fièvre pour la remercier de ce qu’elle avait fait pour l’Église. Et la jugeant déjà presque morte, le Saint-Père lui demanda de prier pour lui et pour l’Église dès qu’elle serait arrivée au Ciel. «  Oui, Très Saint-Père, répondit la mourante, je vous le promets  ; mais si, à mon retour de Mugnano, j’allais à pied au Vatican, Votre Sainteté daignerait-elle faire procéder à l’autorisation du culte de la chère sainte Philomène  ?– Assurément, répondit le Saint-Père, car il y aurait miracle de premier ordre.  »Marie-Pauline partit pour Mugnano, se rendit au sanctuaire transportée sur un fauteuil, et faillit rendre l’âme tant son état était rendu à toute extrémité. Mais, contrairement à toute attente, «  elle se leva radicalement guérie  », demeura plusieurs jours en action de grâces, laissa son fauteuil en ex-voto et témoignage encore visible aujourd’hui, et emporta une relique.De retour à Rome, elle fut reçue par le Pape qui accéda à toutes ses demandes, non sans l’avoir gardée une année afin que le prodige opéré en sa faveur pût être vérifié et étudié. À Lyon, Marie-Pauline Jaricot fit ériger, sur la pente de Fourvière, une chapelle dédiée à la vierge martyre, enrichie d’une relique donnée par le Pape, qui deint un pèlerinage très fréquenté, centre de la dévotion de la France à cette sainte.Le 7 novembre 1849, le Bx Pie IX se rendit en pèlerinage à Mugnano, proclama la thaumaturge patronne secondaire du royaume de Naples et, deux ans plus tard, concéda au clergé de Mugnano un Office propre en l’honneur de sainte Philomène. En 1857, cette faveur fut étendue au diocèse et à plusieurs autres.En France, le culte de sainte Philomène fut, c’est bien connu, répandu par le saint curé d’Ars qui tenait sa dévotion de Marie-Pauline Jaricot, laquelle lui avait dit, en lui cédant une relique  : «  Ayez une grande confiance dans cette sainte  : elle vous obtiendra tout ce que vous lui demanderez.  » Et, de fait, le curé d’Ars fit tant de miracles par sainte Philomène qu’il lui faisait ce pieux reproche  : «  Occupez-vous un peu moins des corps et guérissez plutôt les âmes.  » Il disait aussi parfois en riant  : «  Si seulement elle pouvait aller faire ses miracles ailleurs.  » Il dut à sa chère sainte d’être guéri lui-même miraculeusement.Les miracles, les prodiges, les grâces surnaturelles obtenus par son intercession ne cessèrent plus durant tout le vingtième siècle. Jusqu’au Concile, aucun Pape ne montra de dédain pour cette sainte et son sanctuaire. Saint Pie X lui offrit un magnifique anneau d’or et d’autres présents de prix malgré les modernistes qui s’opposaient déjà à cette dévotion, et s’attiraient cette remarque du saint Pape  : «  Comment ne voient-ils pas que le plus grand argument en faveur de sainte Philomène, c’est le curé d’Ars  ?  »En 1961, lors de la révision du martyrologe romain, le pape Jean XXIII signa le décret de la Sacrée Congrégation des rites rayant du calendrier la fête de sainte Philomène autrefois fixée au 11 août. Refusant de l’inscrire au martyrologe, il supprima son Office propre et sa Messe. À Ars, le sanctuaire observa la consigne et n’organise plus, depuis, de célébrations publiques en son honneur. À Lyon, dans la chapelle édifiée par Marie-Pauline Jaricot, les reliques de sainte Philomène ont été retirées ainsi que sa statue. Mais admettre que le Bx Pie IX s’est “ trompé ” en érigeant le culte de sainte Philomène, c’est reconnaître que la cause des saints n’est pas couverte par l’infaillibilité, et préparer les voies d’une réhabilitation de sainte Philomène, corrigeant l’ “ erreur ” du pape Jean XXIII ainsi que celle de François le canonisant avec Jean-Paul II…frère Michel de l’Immaculée Triomphante et du Divin Cœur.

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